Chapitre 11. La conséquence lourde, et la fenêtre développementale

Ce que l’on va voir. Le traité renverse ici un ordre reçu depuis Freud. L’inconscient dynamique n’est pas le sol dont la conscience émergerait : on ne peut rendre introuvable que ce qui pouvait être trouvé, donc l’inconscient présuppose la conscience. Le chapitre sépare d’abord deux invisibilités que tout confond : le non-encore-déplié, nécessaire et inépuisable (on cherche à se comprendre parce qu’on n’est pas encore ce qu’on cherche), et l’indépliable, qui ne l’est pas. Il montre ensuite que toute donnée sur l’inconscient est un constat conscient d’une lacune, et que l’habitant est de trop. Il pose l’énoncé le plus lourd, exposé à un contre-exemple unique : l’inconscient dynamique est un accident fréquent, non une structure. Il affronte enfin l’objection la plus sérieuse, celle de la petite enfance, et la résout : le trauma précoce n’efface pas une adresse, il calibre la machine qui produit les adresses.

11.1 Ce qui est nécessaire et ce qui ne l’est pas

É11.1 (L) : Il reste toujours à déplier, et c’est structurel. Le chapitre 2 a établi qu’une position ne se possède pas d’avance mais se produit en dépliant, et que le troisième terme n’existe pas avant la mise en rapport. Il en résulte qu’un sujet porte en permanence du dense non encore déplié, non par défaut mais par construction : un sujet entièrement déplié serait un tronc sans branche à venir, c’est-à-dire un sujet sans devenir. Ceci donne sa raison structurelle à un fait ordinaire. Chercher à se comprendre, c’est chercher quelque chose que l’on n’est pas encore, et non exhumer une chose que l’on contiendrait déjà. Si le chercheur contenait ce qu’il cherche, il n’aurait rien à chercher. C’est pourquoi le pourquoi ne se répond qu’après coup : il n’est pas dissimulé quelque part, il n’est pas encore produit.

É11.2 (L) : L’inconscient présuppose la conscience. Ce que l’empêchement soustrait n’est pas une matière brute : c’est une opération, donc de la conscience. On ne peut rendre introuvable que ce qui pouvait être trouvé, et l’on ne peut interdire un dépliement que là où un dépliement était possible. L’inconscient dynamique n’est donc pas un substrat dont la conscience émergerait tardivement, comme le pose la topique freudienne. Il est un produit : ce que l’opération fabrique lorsqu’elle fuit devant elle-même. « Sans conscience, rien à cacher, donc pas d’inconscient. »

É11.3 (L) : Trois termes dans un ordre strict ; deux sources du non-déplié. L’opération d’abord. L’empêchement ensuite, comme défaut de cette opération. Et le non-déplié, qui a deux sources qu’il faut cesser de confondre. La première est la réserve structurelle : ce qui n’est pas encore déplié parce que rien ne l’a encore été ; elle est nécessaire, elle est inépuisable, et elle n’est pas un manque. La seconde est l’ombre de l’empêché : ce qui ne pourra pas être déplié parce que ce dont il aurait fallu partir a été rendu introuvable. Une position effacée ne reste pas dans son coin ; elle détermine ce qui pourra être mis en rapport ensuite, et fabrique donc du non-déplié en aval d’elle. La réserve n’est pas neutre. Il est nécessaire qu’il reste toujours à déplier. Il n’est pas nécessaire qu’une part du non-déplié soit devenue indépliable. C’est cette seconde part, et elle seule, que la suite déclare accidentelle.

11.2 Le constat lui-même est conscient

Portée exacte de l’argument (bornée en version 2.2, retrait G.42). Toute connaissance d’un phénomène est formulée consciemment, y compris celle d’une étoile, d’une bactérie ou d’une activité corticale, et cela n’établit pas que la chose observée soit produite par la conscience. L’argument établit donc une priorité épistémique de l’observation consciente et, éventuellement, une exigence de parcimonie. Il n’établit à lui seul ni que toute activité non consciente dérive d’une conscience antérieure, ni que l’inconscient ne possède aucune autonomie fonctionnelle, ni que l’ontologie relationnelle soit nécessairement vraie. La force du traité doit venir de ses prédictions distinctes, non du fait général que toute preuve est consciemment connue.

É11.4 (L) : La priorité épistémique : toute donnée sur l’inconscient est un constat conscient. L’argument du §11.1 établit une priorité structurelle : effacer une adresse présuppose une fonction d’indexation en état de marche. La priorité épistémique correspondante est plus courte encore : pour constater l’inconscient, il faut être conscient. Le lapsus est remarqué consciemment, le rêve est rapporté consciemment, le symptôme est éprouvé consciemment, l’échec du rappel est vécu consciemment. L’inconscient n’a aucun canal de données qui lui soit propre : il est lu, sans exception, sur des déficits du champ conscient.

É11.5 (L) : Un échappement n’est pas une altérité. La conscience ne constate pas quelque chose de différent : elle constate quelque chose qui lui échappe. Le donné n’est jamais la perception d’un second système, d’un autre sujet, d’un habitant ; le donné est une lacune dans le propre champ du sujet : un nom qui ne vient pas, un affect sans énoncé, une alarme sans objet lisible. « Un échappement n’est pas une altérité. » Conclure du premier à la seconde, c’est ajouter au donné une entité que le donné ne contient pas.

É11.6 (L) : L’habitant est de trop. Deux lectures du même donné sont en concurrence. La lecture traditionnelle pose un habitant : un second système doté d’intentions, qui retient, déguise et censure. La lecture du traité pose une adresse effacée : le contenu est inscrit, la charge est réelle, l’index est détruit, et l’opérateur de la destruction est identifiable. Les deux lectures couvrent les mêmes faits ; la seconde le fait sans entité surnuméraire, et elle seule explique en un seul mécanisme que la recherche du manque soit structurellement impossible, puisque ce qui a été retiré n’est pas un contenu mais l’opération qui l’aurait trouvé. « Le donné est un échappement ; l’échappement s’explique par un effacement ; l’habitant est de trop. »

É11.7 (L) : La conséquence en une ligne. « L’inconscient n’est pas ce qui pense sous la conscience : il est ce qui manque à la conscience, constaté par elle, dans son propre champ, et fabriqué par un opérateur qu’elle peut apprendre à nommer. »

11.3 L’inconscient est un accident, non une structure

É11.8 (L, hypothèse) : L’inconscient dynamique est le produit de conditions déterminées, fréquent mais non nécessaire. Si l’inaccessibilité dynamique exige un opérateur, et si cet opérateur est la honte non reçue, alors un système chez qui les hontes ont trouvé leur lecteur ne produit pas de contenu inaccessible à lui-même. Tout ce qui a été vécu reste dense et disponible, au repos plutôt que caché. L’inconscient dynamique n’est donc pas une pièce de l’appareil psychique humain ; c’est le produit de conditions déterminées, fréquent mais non nécessaire. Par le §11.1, l’énoncé porte sur l’empêchement et sur l’ombre qu’il projette, non sur la réserve structurelle de non-déplié, laquelle est au contraire une condition du devenir. C’est l’énoncé le plus lourd du traité, et il rompt frontalement avec la position freudienne, pour laquelle l’inconscient est une structure universelle et le refoulement une opération constitutive du psychisme.

É11.9 (L) : La voie somatique intégrée par le devenir de son reste. Le chapitre 6 a établi que la fuite s’exécute sur deux organes, et que la condition de déclenchement de la fuite corporelle n’est pas relationnelle mais un dépassement instantané de la capacité. Cette voie n’est pas pour autant une exception à l’énoncé ci-dessus : elle décrit le mécanisme de l’interruption, non la constitution de l’inconscient dynamique. Son reste, reçu, s’intègre ; demeuré sans place, il devient honte et entre dans le cumul. Un sujet dont toutes les hontes auraient été reçues peut donc porter des inscriptions somatiques non encore dépliées, mais elles demeurent adressables, et leur passage à l’inaccessibilité durable emprunte la même voie que tout le reste, celle de la non-réception. (La version 1.5 portait ici une « restriction obligatoire » de l’énoncé à la seule voie où la pensée fuit ; la version 2.6 la remplace par cette intégration, Annexe B.)

É11.10 (P) : La clause d’effondrement : un contre-exemple unique suffit. L’énoncé est plus facile à ridiculiser qu’à réfuter. Une objection du type tout le monde a un inconscient, donc l’hypothèse est fausse ne porte pas : la thèse ne prédit pas que des sujets sans inconscient dynamique soient nombreux, puisqu’elle prédit au contraire que la condition de production, la honte non reçue, est extrêmement répandue. Elle prédit une corrélation, non une rareté. La clause opérante est posée sous sa forme la plus stricte : un seul cas suffit. Un contenu spécifiquement inaccessible, chargé, hors variation de capacité, ne relevant pas de la fuite corporelle, et chez un sujet dont l’exploration conduite sous protocole contradictoire ne met en évidence aucun antécédent de honte non reçue, réfute l’hypothèse. Le traité ne demande donc pas une absence statistique de contre-exemples : il expose une proposition universelle à un contre-exemple unique, à condition que l’exploration ait été suffisante et que le protocole ait été conçu pour trouver la honte plutôt que pour l’écarter.

11.4 Ce que devient la connaissance de soi

É11.11 (L) : Se connaître devient un état vérifiable, sous deux conditions. Si l’inconscient est ce que la honte a rendu introuvable, alors se connaître soi-même cesse d’être une injonction vague et devient un état vérifiable : plus rien n’est soustrait au sujet lui-même. Deux conditions sont nécessaires. La matière : la conscience et l’inconscient croissent sur le même vécu. Un sujet qui n’a jamais désiré, jamais échoué, jamais tenu à quelqu’un n’a pas moins d’inconscient : il a moins de tout. Réduire l’exposition ne réduit pas le caché sans réduire aussi le lisible. Le lecteur : nul ne restitue seul une adresse que la honte a effacée (chapitre 10). Il en résulte que les voies traditionnelles de sagesse par retrait opèrent une soustraction sur la première condition, et souvent aussi sur la seconde. Ce constat n’est pas une réfutation de ces voies, qui poursuivent d’autres fins ; il indique seulement que la dissolution de l’inconscient au sens du traité n’est pas une de ces fins, et ne peut pas l’être.

11.5 La fenêtre développementale et la fonction d’indexation

L’objection, la plus sérieuse que le traité rencontre. La Proposition 5.1 exige que l’opérateur soit récursif, c’est-à-dire que le sujet soit son propre regard. Or les émotions auto-évaluatives, dont la honte, supposent une représentation de soi qui ne se constitue pas avant la deuxième année, ce que la psychologie du développement documente par la convergence entre reconnaissance de soi au miroir et apparition des affects de ce registre (Lewis et Brooks-Gunn 1979 ; Lewis et al. 1989). Il n’existerait donc aucun opérateur disponible pendant la première période de la vie. Et pourtant les défenses très précoces sont documentées, de même que le fait, établi depuis les travaux sur l’attachement, que l’adversité précoce prédit l’inaccessibilité ultérieure mieux que les caractéristiques des événements adultes eux-mêmes.

La réponse insuffisante. On pourrait ranger ces cas sous la fuite corporelle, puisque la capacité d’un système immature est faible et qu’une charge modeste suffit à la dépasser. Cette réponse est correcte mécaniquement, mais elle est stérile : elle ne dit rien de spécifique à la période, et surtout elle n’explique pas l’effet à long terme.

É11.12 (L) : La réponse par la distinction des niveaux : une non-place avant la réflexivité. Le chapitre 7 sépare la non-place, qui est un fait relationnel, du sentiment de honte, qui en est la lecture réflexive. Cette distinction dissout l’objection avant même le recours à l’indexeur. Avant la représentation réflexive, un enfant peut subir une non-place : une détresse qui n’est pas reçue, une sollicitation qui ne rencontre aucun retour, un état du porteur qui rend le contact inhabitable. Cette configuration est déjà une non-place au sens structurel, sans que l’enfant formule ni n’éprouve j’ai honte. Après l’apparition de la réflexivité, la même structure peut être relue en auto-évaluation, et c’est cette lecture, non l’affect, qui apparaît vers la deuxième année.

É11.13 (L) : Trois corrections. Il ne faut pas dire qu’un enfant ne peut pas avoir de honte avant la réflexivité, mais qu’il ne peut pas encore la lire sous forme auto-évaluative. La récursion n’est pas une condition initiale de la honte : elle est le mécanisme par lequel une non-place déjà constituée se referme sur elle-même et se stabilise. Et la borne développementale doit être posée comme une fenêtre variable plutôt que comme une date. (Retrait G.40 : « pas de honte avant la réflexivité ; borne 0-23 mois », Annexe B.)

Deux gardes. Les travaux sur la reconnaissance au miroir établissent une association entre représentation de soi et émotions auto-conscientes ; ils ne permettent pas d’exclure une structure relationnelle antérieure. Et le paradigme du visage impassible montre que les nourrissons attendent une réponse, tentent de restaurer l’interaction, puis se retirent lorsque l’indisponibilité persiste : il soutient l’importance de la réception sans démontrer par lui-même ni honte, ni désindexation durable, ni altération de l’indexeur. Toute conduite de retrait précoce ne doit donc pas être lue comme une preuve.

É11.14 (L) : La réponse par l’indexeur : le trauma précoce atteint la fonction qui produit les adresses. Un trauma précoce ne peut pas effacer une adresse, pour une raison qui découle du §11.1 : à cette période, il n’y en a pas encore. Une position se produit en dépliant, un système immature ne déplie presque rien, et l’indexation autobiographique n’est pas installée avant la troisième année, ce que la mémoire humaine enregistre sous le nom d’amnésie infantile. Ce que le trauma précoce atteint n’est donc pas une adresse : c’est la fonction qui produit les adresses, pendant qu’elle se construit. La dérivation ne demande rien de plus que la boucle du chapitre 6. Une charge non déchargée occupe le support et abaisse la capacité disponible. Chez un système constitué, la capacité remonte au repos et la fonction d’indexation demeure intacte. Chez un système en construction, une capacité durablement basse pendant la fenêtre où l’appareil d’indexation se forme laisse une capacité de production d’adresses réduite. « Le dommage n’est pas un contenu perdu, c’est un indexeur diminué. »

É11.15 (F) : Schore et la régulation affective précoce. Les travaux d’Allan Schore (2001) sur la régulation affective, établis sans rapport avec le présent cadre, décrivent un développement du cerveau droit qui, durant les deux premières années, dépend de la régulation intersubjective assurée par la figure d’attachement. Une rupture d’accordage non réparée produit une bascule autonome, de l’hyperactivation sympathique vers un état d’hypoactivation, accompagnée d’élévations de cortisol dont les effets sur la maturation orbitofrontale droite et hippocampique sont documentés. Schore situe par ailleurs la honte au centre de cette période développementale. Lecture (L) : ce corpus décrit, dans son propre vocabulaire, que le trauma précoce ne détruit pas une adresse déterminée, puisque l’appareil d’indexation autobiographique n’est pas encore fonctionnel, mais atteint l’architecture nécessaire à la production ultérieure d’indexations.

É11.16 (L) : Le trauma précoce règle le gain de la boucle pour toute la vie. L’effet à long terme de l’adversité précoce cesse d’être un fait ajouté au modèle et devient une conséquence de sa boucle. Une opération de dépliement coûte plus cher chez un sujet dont la fonction d’indexation est faible ; elle est donc plus souvent déclinée ; donc la chaîne de l’évitement vers l’effacement s’enclenche plus vite et pour des charges moindres. Le trauma précoce n’est pas un cas particulier échappant au modèle : c’est ce qui règle le gain de la boucle pour tout le reste de la vie.

É11.17 (L) : Un cinquième état : une capacité de production d’adresses altérée. Un cinquième état doit être distingué, et il n’est pas un régime de non-libération mais une condition de tous les autres. Ce n’est ni une adresse effacée, ni une adresse intacte : c’est une capacité de production d’adresses altérée. Il se distingue de l’effacement par sa non-spécificité, puisqu’il ne porte sur aucun contenu en particulier, et de la capacité insuffisante par son irréversibilité relative, puisqu’il ne se lève pas au repos.

É11.18 (P) : Adversité précoce, seuil abaissé, inaccessibilité multiple. À histoire de honte non reçue comparable à l’âge adulte, les sujets porteurs d’adversité précoce documentée devraient présenter davantage d’inaccessibilité dynamique, et pour des charges plus faibles. Réciproquement, l’inaccessibilité observée chez ces sujets ne devrait pas être spécifique d’un contenu unique mais porter sur plusieurs positions. Clause : une inaccessibilité strictement spécifique et sans effet de seuil abaissé chez ces sujets réfuterait la présente lecture et rendrait au trauma précoce le statut d’exception que le traité lui refuse (reprise en P6, chapitre 12).

11.6 Le trauma inversé de fenêtre

Une question restait ouverte : avant l’installation de la structure réflexive, l’enfant peut subir la non-place, mais il ne peut pas encore la lire comme une auto-évaluation ni la refermer par récursion ; par quel canal un opérateur affectif atteint-il un indexeur en construction ?

É11.19 (L) : Par le dégoût, porté entièrement par le pôle regardant. La lecture auto-évaluative de la honte, et sa récursion, exigent que le pôle regardé se lise lui-même ; le dégoût est porté entièrement par le pôle regardant. Dans la fenêtre, un seul pôle est équipé : l’adulte. La conservation du chapitre 9 (É9.14) fait le reste : le différentiel que l’enfant ne peut pas encore porter est porté par l’adulte comme dégoût, et l’enfant le reçoit brut, par le seul canal déjà en service chez lui, la lecture du visage, celui-là même par lequel tout dégoût s’acquiert. « Le trauma de fenêtre est la relation de honte reçue depuis l’autre pôle, inversée, avant que le pôle propre existe. »

É11.20 (L) : La double inversion : de porteur, et d’ordre. Inversion de porteur : l’affect arrive du dehors, porté par l’autre. Inversion d’ordre : le trauma ordinaire suit la séquence contenu inscrit puis adresse effacée ; ici l’opérateur arrive avant tout contenu. Il n’efface pas une adresse, il calibre la machine à adresses pendant qu’elle se monte. Quand la structure réflexive s’installe, elle se construit autour d’un regard déjà chargé : la face réflexive naît pré-calibrée. Le résultat n’est pas un souvenir, c’est un regardant intérieur chargé par défaut, sans scène d’origine, parce qu’il n’y a jamais eu de scène, seulement une calibration. Borne développementale : la fenêtre est variable, close par l’installation de la structure réflexive, qui la définit ; la deuxième année constitue un repère, non une clôture chronologique gravée (borne par décision).

É11.21 (L) : Deux dégoûts de soi que la clinique confond. Le dégoût de soi post-fenêtre a des scènes, une topographie du local vers le global, se vit comme verdict sur des actes généralisé à l’être, et la réégalisation de stature le lève, scène par scène. Le dégoût de soi de fenêtre n’a aucune scène, est global d’emblée, se vit comme identité pure, et la restitution d’adresse échoue par principe, puisqu’il n’existe aucune adresse condamnée à restituer ; sa voie de levée est la reconstruction longue d’une entrée locale sécurisée auprès d’un tiers, celle que le chapitre 10 exige déjà pour le global. Deux dégoûts, deux voies, discriminables par la présence ou l’absence de scènes.

É11.22 (P) : Clause de chute du discriminant. Exhiber un dégoût de soi sans scènes que la réégalisation scène par scène lève, ou un dégoût de soi à scènes que seule la reconstruction longue lève, ferait tomber le discriminant.

11.7 L’opérateur de fenêtre généralisé

É11.23 (L) : Tout affect qui occupe durablement le pôle regardant pendant la construction de l’indexeur. L’opérateur de fenêtre n’est pas le dégoût en particulier. C’est tout affect qui occupe durablement le pôle regardant pendant la construction de l’indexeur : dégoût, terreur de perte, détresse. Chacun calibre différemment (le dégoût calibre : le monde juge l’enfant ; la terreur de perte : tout premier contact est le lieu du danger ; la détresse : sa présence pèse), et chacun laisse la même signature formelle : aucune scène, global d’emblée, vécu comme identité. La conservation tient dans tous les cas : le différentiel que l’enfant ne peut pas porter est porté par l’adulte, et l’enfant reçoit la calibration au lieu du contenu.

É11.24 (F) : La corégulation précoce, l’un des faits les mieux établis de la psychologie du développement. Dans la fenêtre, le nourrisson dispose d’une régulation propre encore limitée et fortement dépendante de la corégulation : pour l’essentiel, sa régulation est le système nerveux de l’adulte, lu en continu par le visage, la prosodie, la tension des bras, le rythme cardiaque. Le paradigme du visage immobile (Tronick et al. 1978) montre la désorganisation du nourrisson en quelques secondes de visage figé. Fraiberg, Adelson et Shapiro (1975) ont décrit l’entrée du trauma parental dans le berceau sans qu’un mot soit prononcé. Lyons-Ruth a montré que la communication maternelle perturbée prédit la désorganisation de l’attachement ; Beebe l’a chronométrée dans les micro-échanges à quatre mois (Beebe et Lachmann 2014) ; la synchronie du cortisol entre porteur et enfant est mesurée ; Schore en donne le substrat de maturation. Lecture (L) : un événement traumatique vécu par le porteur, même lorsque l’enfant n’en conserve et n’en constituera jamais aucune scène, occupe donc le pôle regardant et calibre l’indexeur par le canal du visage.

É11.25 (L) : Une calibration n’est pas une sentence. Le canal qui a calibré est le canal qui recalibre, et la voie est celle que le traité donne au global : la reconstruction d’une entrée locale sécurisée, un regard stable qui ne porte pas d’alarme au moment du contact. « La fenêtre se referme ; l’indexeur reste en service et continue d’apprendre de ce qu’il lit. »